[Littérature] Interview Cédric Perdereau

Bonjour à tous. Comme promis la semaine dernière, voici la seconde interview réalisée par Yocana et datant du début du mois. Cette fois ci nous rencontrons Cédric Perdereau qui a travaillé sur la traduction de et Jedi Knight 2, Jedi Academy, KOTOR 1 et KOTOR 2, et même SWTOR… Lu les bandes dessinées, aussi, et pas mal de romans. Bref, sans être un spécialiste, sans avoir décortiqué l’univers ainsi ajouté, j’avais pas mal roulé ma bosse.

Y: Après quelques recherches sur votre parcours professionnel, j’ai cru comprendre que vous étiez devenu traducteur un peu par la force des choses et que vous êtes assez familier des univers fictifs et des jeux de rôles. Comment êtes-vous arrivé sur ce projet de traduction, que l’on peut qualifier de conséquent vu la taille de l’œuvre ? Huginn & Muninn vous ont-ils contacté ou est-ce que c’est vous qui vous êtes proposé ?

CP: Par la force des choses, oui et non. J’ai soumis ma première traduction à un éditeur lorsque j’avais 15 ans. Ça n’avait (évidemment, a posteriori) pas abouti à du travail, mais je garde encore la réponse que l’éditeur m’avait faite lorsqu’il m’avait appelé : “Pour l’instant ce n’est pas bon. Mais continuez, parce que ça va le devenir.» Après ça, comment changer de voie ? Des études de lettres et de langues m’ont donc permis de continuer. Pour ce qui est du reste, oui, certaines collaborations se sont présentées seules, et d’autres ont été volontaires. Dans le cas d’Huginn & Muninn, c’est une connaissance commune qui m’a présenté son fondateur, qui justement avait besoin d’un traducteur possédant la culture adaptée à son projet. C’était en 2010, et j’ai d’ailleurs commencé par un ouvrage sur des LEGOStar Wars ! Notre collaboration s’est développée au fil des années, tant et si bien que je suis en contact presque permanent avec les éditrices de la maison. Ce n’était d’ailleurs pas le premier ouvrage sur Star Wars que je traduisais pour elles. Alors là encore, la décision s’est presque prise toute seule. En l’occurrence, l’éditrice m’a appelé, m’a parlé du livre et m’a demandé s’il m’intéressait (c’est toujours un plus !). Je n’ai pas eu besoin de réfléchir. :)

Y: Ayant quelque peu suivi la sortie éventuelle en version française de ce livre, j’ai pu constater qu’il y a eu de nombreux reports au niveau de la date de sortie, savez-vous pourquoi ? Le projet était trop ambitieux ?

CP: Le plus gros du retard est dû à des difficultés techniques quant à l’obtention des cartes auprès de l’éditeur anglo-saxon [ndlr, Del Rey], puis leur adaptation. L’éditrice qui a finalisé le projet est de plus arrivée en cours de route, et a donc dû faire face à toutes ces difficultés sur un projet effectivement massif dont elle n’était pas familière. Heureusement, elle pouvait s’appuyer sur sa solide connaissance de l’univers. Ajoutons que le projet a été lancé avant le rachat par Disney, et a donc vu en direct un changement d’attitude par rapport à l’univers étendu. La question s’est posée de sortir ou non le livre, par crainte qu’il ne soit un document très complet d’un domaine déjà caduc.

Y: Selon les notes de l’éditeur Huginn & Muninn, vous avez travaillé seul sur cette traduction, est-ce vraiment le cas ?

CP: Tout à fait. Ce furent des mois intenses ! En traduction, le partage des tâches entraîne toujours des dissonances stylistiques, plus ou moins marquées, et d’éventuels problèmes de glossaire et de nomenclature, que l’éditeur doit ensuite lisser. Un traducteur seul sera plus homogène. Bien sûr, il sera aussi davantage pressé par le temps, ce qui forcera l’éditeur à davantage de travail sur le texte. Autant que faire se peut, Huginn & Muninn préfère réduire le nombre d’intervenants… si les délais le permettent.

Y: Si c’est bien le cas, cela ne fut pas trop compliqué pour vous de jouer avec les termes propres à cet univers ?

CP: Ce fut compliqué, c’est certain. Surtout en ce qui concernait les époques éloignées du passé, que j’avais moins rencontrées dans mes lectures et jeux.

Y: J’imagine que les éditeurs doivent communiquer entre eux, avez-vous pu ou dû entrer en contact avec des personnes ayant travaillé comme traducteurs sur la licence Star Wars pour des éditeurs comme Pocket ou Delcourt, pour ne citer qu’eux ?

CP: Les éditeurs le font parfois, mais pas toujours. Les traducteurs sont en revanche une petite famille, surtout dans l’imaginaire. Bien sûr, comme dans toute famille, on trouve toujours l’oncle pénible et la cousine à qui on avait mal parlé un dimanche. La communication n’est pas toujours possible. En l’occurrence, j’ai travaillé sans contacter quiconque. Ce qui ne veut pas dire que leurs œuvres ne m’ont pas été utiles ;)

Y: Ce guide reprenant énormément d’éléments des romans, jeux vidéo, comics et autres jeux de rôles pour les développer et donc enrichir l’univers Legends, si vous aviez l’occasion de travailler sur la traduction d’un autre Essential Guide, le feriez-vous ?

CP: Oui, volontiers. J’ai un lourd passé de rôliste derrière moi, je conserve donc toujours une tendresse pour ces encyclopédies campant un univers où tout peut ensuite se jouer…

Y: Passons sur un point qui peut fâcher certains lecteurs, étant donné que ce livre appartient bien plus au côté Legends de Star Wars qu’au côté Officiel de Disney. Pourquoi avoir choisi de traduire Korriban en Moraband alors que la version originale de ce livre gardait le nom original (et Legends) du monde natal des Sith et de l’Ordre Sith ? Est-ce une volonté quelconque de Lucasfilm/Disney ou ce choix vient-il de vous et/ou de Huginn & Muninn ?

CP: Korriban a quitté l’univers Legends lorsque la sixième saison de Clone Wars mentionne la planète d’origine des Sith, Moraband. Le nom fut apparemment choisi par Lucas en personne. Lucasfilm, à l’époque, faisait d’ailleurs remarquer qu’une planète aussi ancienne pouvait avoir eu plusieurs noms au fil de son histoire. Dès lors que le canon établissait le nom de la planète, Korriban était plus morte que les seigneurs Sith enterrés sur place. Rendons à Palpatine ce qui est à Palpatine, j’avais raté cette évolution. Habitué des jeux vidéo, j’avais conservé le nom de Korriban. Je ne saurais vous dire si c’est mon éditrice ou un interlocuteur de chez Disney qui nous a évité la bourde. Car puisque source officielle il y a, je considère que c’en aurait été une.

Y: Et pour terminer, après être arrivé au bout de cette traduction, quel est votre avis sur ce livre ?

CP: Je réitère mon amour des encyclopédies concernant les univers fictifs. L’ouvrage est beau, riche en illustrations et en cartes, et très, très détaillé. Vu l’étendue de l’univers Legends tel qu’il existe de nos jours, ce livre est presque essentiel pour s’y retrouver et y naviguer sans collision. Contrairement à d’autres ouvrages du même type, celui-ci prend le temps de couvrir ses sujets en détails, et ne laisse pas le lecteur sur sa faim. Si l’on veut se documenter sur une planète particulière, on y trouvera davantage que trois lignes minimalistes et frustrantes.

Y: Ainsi que votre avis sur Star Wars en général, êtes-vous plutôt Legends, Officiel ou vous intéressez-vous aux deux ?

CP: J’avoue n’avoir fait la distinction qu’à l’apparition de la Prélogie. Auparavant, l’estampille officielle Star Wars/Lucas présente sur les jeux vidéo, comics et romans effaçait la différence. C’était du Star Wars, tout s’intégrait dans un seul univers, et tout avait la même force. Ce n’est que lorsque les épisodes 1, 2 et 3 sont venus bousculer tout cela que j’ai été forcé de séparer les deux. Je garde donc de très bons souvenirs de l’univers étendu, j’y ai vécu des aventures exaltantes, mais je m’en suis quelque peu éloigné pour ne retourner dans la galaxie lointaine que via les films officiels.

Voilà pour cette fois. On remercie encore Yocana pour son partage et à la semaine prochaine !

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