[Littérature] Point de vue L’Univers étendu est une légende. Et c’est une bonne chose.

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Pour le staff SWU, vous fournir tous les jours des contenus de qualité est une priorité. Mais nous restons aussi des observateurs, des spectateurs, des fans… Avec des avis bien tranchés ! Dans la rubrique “Point de Vue”, nos staffeurs et nos invités prennent position sur les grands débats concernant Star Wars.

Nous offrons aujourd’hui une tribune à Darkee, ancien staffeur, qui écrit désormais pour L’Ecran Fantastique.

***

Sujet ô combien délicat, et qui fait débat depuis plusieurs années au sein de la communauté des fans de Star Wars : la ” disparition » de l’Univers étendu (UE), annoncée officiellement au printemps 2014. J’ose affirme que cette décision était nécessaire, voire obligatoire. Avant de me bombarder d’Ewoks, faisons le point.
Avertissement : non, aucune révélation, pardon, aucun spoiler de l’Episode VII ne sera mentionné ici. Si vous savez qui est son père, vous pouvez vous autoriser à lire ce ” point de vue ». Par contre, ce texte s’adresse davantage aux nouveaux arrivants, aux curieux qui se posent des questions sur la disparition du riche et dense ” Univers étendu » — ou UE pour les intimes. Les anciens, les fans de longue date, connaissent déjà par cœur cette histoire ; ils ont longuement débattu – il suffit de regarder sur les forums — de l’utilité ou de la vacuité de cette purge narrative. L’idée n’est pas de mettre du sel sur la plaie des déçus. Donc j’écris pour mon petit frère, Palpy, qui s’est récemment épris de la saga. Pardonnons-lui donc le fait d’avoir vendu toutes ses figurines Kenner des années 1980. Bref…

L’univers étendu fut longtemps une des pierres angulaires de la franchise Star Wars. Celle qui permettait de satisfaire les aficionados, entre la sortie des films. On se souvient des quinze premières années – peu ou prou —, entre la sortie d’Un Nouvel espoir et le début des années 1990. À cette époque, le suivi de l’univers Star Wars fut pour le moins… chaotique. Les comics Marvel accompagnant la trilogie évoquaient davantage les serials et bandes dessinées de SF des années 1930 à 1950, que l’univers Star Wars. Un univers qui n’était encore qu’en formation (Anakin Skywalker deviendra Dark Vador lors des réunions de travail pour l’écriture de L’Empire contre-attaque, en 1978 ; Luke possède une sœur jumelle en formation Jedi de l’autre côté de la galaxie jusqu’en 1981, avant que le concept soit recyclé en faisant de Leia la sœur de Luke). Les romans, consacrés à Han Solo ou à Luke, n’ont pas spécialement marqué les esprits. Les jeux vidéo, édités par Atari ou Domark, furent des adaptations littérales, plus ou moins réussies, des longs-métrages. Les téléfilms mettent en scène les Ewoks (sans même parler du Holiday Special), alors que les dessins animés produits par Nelvana poursuivent les aventures des oursons d’Endor ou de nos droides favoris. Non, les années 1980 ne furent pas tendres avec l’univers Star Wars ” élargi ». En 1986, la saga obtient ainsi une pause plus que nécessaire. En attendant que la technologie offre à George Lucas l’opportunité de donner corps à sa vision de la prélogie, Star Wars déserte des écrans et du papier (seul le jeu de rôle de West End Games reprendra le flambeau, avec un certain succès).

1991. L’année où tout a (re)commencé. Lucasfilm Games (bientôt LucasArts) récupère les droits de la licence de la maison-mère. Objectif : X-Wing en 1993, et les premiers pas de l’UE vidéoludique (rapidement solidifié par Tie Fighter en 1994, puis Dark Forces, en 1995). En 1991, Bantam Spectra publie L’héritier de l’Empire de Timothy Zahn, l’excellent roman fondateur de notre cher ” Univers étendu ». À tel point que la trilogie littéraire de la Croisade noire du Jedi fou sera souvent considérée comme la véritable suite des films. À tort. Comme l’a rappelé Timothy Zhan en 2012, auprès d’Entertainment Weekly : ” Les romans n’ont toujours été que les romans ». À cette époque, Lucasfilm vient d’être vendu à Disney, et personne ne sait ce qu’il adviendra de l’univers étendu. Est-ce que l’Épisode VII s’inscrira dans l’avenir de la galaxie Star Wars tel que décrit dans l’UE ? Il faudra attendre février 2013 pour obtenir les premiers indices. ” J’essaye de commencer en étant frais », déclare Lawrence Kasdan, affirmant ne pas être influencé par les scénarios des épisodes V et VI, coécrits avec George Lucas, ni par l’univers étendu de Star Wars. ” Nous pensons que la saga peut apporter aux gens des plaisirs qui leur manquaient, et nous espérons leur apporter cela, et en même temps leur donner le sentiment que c’est entièrement nouveau. » L’auteur de L’Empire contre-attaque, qui n’est alors que consultant (et non co-scénariste) de l’Épisode VII, travaille sur les fameux films dérivés – et plus vraisemblablement, ce qui deviendra le long-métrage consacré à la jeunesse de Han Solo. Fin 2012, Timothy Zahn ne sait donc pas si l’Épisode VII tiendra compte des événements de La Croisade noire du Jedi fou – et du reste de l’UE. ” D’un autre côté, Star Wars est la propriété de George Lucas. S’il veut ignorer les livres et les comics, il en parfaitement le droit ». À l’époque de l’écriture de l’Héritier de l’Empire, à l’aube des années 1990, on lui fait part des plans (à long terme) de George Lucas. ” S’il existait un jour des épisodes VII à IX, ils devaient être dédiés aux enfants de Luke », se souvient Timothy Zahn. Comme nous l’avons montré dans le dossier consacré à la trilogie abandonnée, les idées originelles de George Lucas feront long feu. Lors de l’écriture de La Menace fantôme, le cinéaste abandonne définitivement son idée de troisième trilogie : la saga Star Wars est désormais consacrée à la chute et à la rédemption d’Anakin Skywalker.

Et s’il fut longtemps interdit de raconter des histoires se déroulant avant Un Nouvel espoir (à l’exception d’une époque révolue, plusieurs milliers d’années avant la saga cinématographique, dans les comics Tales of the Jedi, dès 1992), les vannes s’ouvrent pour la période de la Nouvelle République. Avec, évidemment, plus ou moins de réussite (qui se souvient de l’échelle du piètre roman Les Enfants du Jedi ?*). À partir de 1999, le Nouvel Ordre Jedi introduit une longue et dense intrigue, de nombreuses années après les événements du Retour du Jedi. L’arrivée de la prélogie offre ensuite l’opportunité de publier des romans inscrits dans le passé de cet univers. La boucle est bouclée. Les années 2000 fourmilleront de romans, comics et jeux vidéo permettant d’étendre la profondeur de notre univers favori. S’il est inutile de se passionner pour l’UE pour aimer les films, l’UE, lui, va permettre aux passionnés de se replonger continuellement dans leur galaxie favorite. Saluons d’ailleurs l’œuvre de Leland Chee de Lucasfilm Licensing qui, à l’aide de sa base de données (l’Holocron), va veiller à la cohérence – avec forcément plus ou moins de succès — de cet univers multisupport. Un travail d’orfèvre, marqué par les nombreux ” retcon » à mettre en place pour relier des éléments qui se contredisent. George Lucas faisant peu de cas de l’UE, la prélogie et la série animée The Clone Wars n’ont effectivement pas manqué de contredire des événements des romans ou comics… Et la Force connaît le nombre de topics de notre forum qui ont abrité de nombreux débats sur ce sujet ! Or au-delà de toutes ses qualités, l’UE était aussi, qu’on le veuille ou non, une usine à gaz. Plus le temps passe, plus l’univers étendu s’épaissit, et plus augmente la probabilité que les événements se ressemblent entre eux. Combien de retours de Sith (un concept qui contrevient en outre avec l’essence des films) ? Combien de Jedi existaient à l’époque où il ne devait plus rester qu’un nouvel espoir ? Combien de protagonistes ont basculé dans le côté obscur ? Personnellement, c’est ce qui m’a fait abandonner l’UE, en 2003. Mais j’avoue bien volontiers qu’il s’agit d’une interprétation toute personnelle, et que de nombreux fans ont été ravis de voir l’univers étendu devenir très étendu. Je suis sincèrement heureux qu’ils y aient trouvé satisfaction. Non, la véritable problématique se trouve ailleurs.

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Avec le temps, l’univers étendu est devenu cinématographiquement incompatible. Si un cinéaste avait voulu proposer un long-métrage en 2014, il lui aurait fallu aller loin dans l’avenir de la saga pour ne disposer d’aucune limite créative. Une histoire dans les 40 ans après Le Retour du Jedi ? Impossible : nous savons ce que fait chaque personnage, année après année. 120 ans plus tard ? La période Legacy. En clair, aux derniers jours de l’UE, un cinéaste aurait été contraint de prendre en compte énormément d’intrigues, d’histoires. L’Épisode VII, plutôt que porter la saga vers l’avenir, aurait intrinsèquement fait partie de l’univers étendu. Et croyez-moi, le film aurait été décevant. Et prévisible. OK, Chewie est mort, Leia n’a plus qu’une fille, il existe des Sith par là, la Nouvelle République est dans tel état… Personnellement, je préfère le (relatif) mystère entourant Le Réveil de la Force. Que sont devenus nos héros ? Luke a-t-il fondé un nouvel ordre Jedi ? Han Solo et Leia sont-ils ensemble ? L’Empire est-il encore dangereux ? Jar Jar a-t-il récupéré son poste de sénateur ? Je ne sais pas (ou plutôt, je ne suis pas censé le savoir !). En faisant table rase, Lucasfilm a pris la bonne décision : tout est devenu possible. Tout. En 2014, Lucasfilm n’a pas dit autre chose à propos de la disparition de l’UE : ” cela permet d’offrir un maximum de liberté de création aux cinéastes, et de préserver un élément de surprises et de découverte pour les spectateurs ».

Évidemment, si l’univers étendu était pour vous aussi important (voire plus) que les films, mes propos ne vous consoleront guère. La galaxie Star Wars, pour vous, ce n’était plus simplement les films, mais tout ce qui les entourait. Je comprends. Et je partage (presque) votre peine. Et pourtant. Vous n’êtes pas sans savoir que l’univers étendu était considéré par les ” instances divines » comme un sous-univers. Cette histoire de niveaux de canon, avec les films d’abord, et les romans ou comics ensuite, cela ne voulait rien dire d’autre. Preuve en est les nombreux retcons qui furent nécessaires à cause de la prélogie ou de The Clone Wars. ” Je ne connais rien de ce monde », déclarait George Lucas dans le numéro 337 du magazine Starlog (août 2005). ” C’est un monde différent du mien. Mais j’essaie de la garder cohérente (…) Quand j’ai dit que d’autres personnes pouvaient faire leurs propres histoires dans l’univers Star Wars, nous avons décidé que, comme pour Star Trek, nous aurions deux univers : le mien, et l’autre. Ils essaient de rendre leur univers autant que possible cohérent avec le mien, mais ils souhaitent évidemment explorer d’autres directions ». Cela ne l’a bien sûr pas empêché d’y mettre son grain de sel : autoriser la mort de Chewbacca, influencer l’intrigue de The Force Unleashed, etc. En 2001, le responsable des relations avec les fans chez Lucasfilm, Steve Sansweet expliquait que la véritable histoire de Star Wars était uniquement racontée dans les films. En 2006, Leland Chee précisait que ” tout ce qui ne déroule pas dans les films est sans importance, en ce qui concerne la continuité des films ». Donc l’univers Star Wars était à deux vitesses : les films, et le reste.

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Vu que l’on parle d’un univers fictif, cela n’a aucune importance : qu’importe si telle version de l’univers est moins ” officielle » qu’une autre ! L’univers étendu existait, et son existence suffisait à le rendre réel. En faisant table rase en 2014, Lucasfilm n’est finalement allé qu’au bout de la logique. À l’instar des anciens comics Batman, l’univers étendu continue d’exister. S’il ne va plus s’étendre (sic), sa déclassification ne signifie pas sa disparition. Sous le label ” légendes », il existe toujours. Il est devenu littéralement une légende, un univers mythologique. Un vivier au sein duquel les auteurs actuels et futurs peuvent puiser. Ainsi des personnages ou planètes ont déjà rejoint la continuité officielle. Et cette continuité officielle est (outre la liberté offerte aux cinéastes) l’autre avantage de cette nouvelle ère. À partir de maintenant, il n’existe plus de sous-univers. Chaque roman, comics ou jeu vidéo compte. Cela a un double intérêt. Pour les nouveaux fans, ceux qui nous rejoindront grâce au Réveil de la Force et les projets qui suivront, il est inutile de rattraper le temps perdu. Inutile de lire des centaines de romans et comics. Pour moi, et ceux qui ont abandonné l’UE en cours de route, c’est aussi l’occasion de me replonger dans la littérature Star Wars. Pour Disney et Lucasfilm, c’est la possibilité d’accueillir à bras ouverts de nouveaux lecteurs (et donc, de vendre). Les ventes impressionnantes des premiers comics Marvel de la nouvelle ère (en comparaison avec l’ère Dark Horse Comics qui précédait) tendent à prouver que le concept a déjà commencé à fonctionner. Avec le temps, l’UE avait pris une dimension quasiment élitiste. Désormais, la franchise Star Wars est accessible au plus grand nombre.

La supervision du Story Group de Lucasfilm devrait également permettre d’éviter les incohérences et les éventuels ” retcons ». Évidemment, cela n’empêchera jamais une qualité des œuvres en dents de scie. Ni les erreurs. De nombreux fans déplorent le manque d’imagination ou de qualité des premières œuvres de la nouvelle continuité, en comparaison avec les meilleures heures de l’UE. Mais cette problématique est autonome. Veiller à la cohérence de l’ensemble de l’univers sur de multiples supports ne signifie pas que l’on aura droit à une succession de chefs-d’œuvre. Cela dépend des auteurs, des délais qu’on leur a laissés, etc.

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L’important, c’est que les auteurs de cette nouvelle ère de la franchise disposent d’une grande liberté créative. Et ce, peu importe les supports. Lors d’un récent entretien accordé à io9, J.J. Abrams ne disait pas autrement. ” Il est devenu clair que, si nous adhérions à l’univers étendu, il aurait été très difficile de naviguer (en son sein). Nous ne pouvons pas adhérer à quelque chose d’aussi vaste que l’UE », avoue le réalisateur, avant d’ajouter : ” Et honnêtement, l’UE est bien moins connu que les films. Je ne crois pas que la vaste majorité des fans n’aient jamais lu un roman star Wars. Nous ne pouvons pas faire plaisir à tous les fans de cet univers. Nous devons essayer de raconter la meilleure version possible d’un film Star Wars ». Et cela passe, évidemment, par une totale liberté de création.
L’univers ” Légendes » n’est pas mort. Il existe. Tout comme les comics The Dark Knight Returns continuent d’exister en parallèle des Batman de Burton ou de Chris Nolan. Les romans et comics continuent d’être édités. Gog.com – et Steam, dans une moindre mesure, mais aussi la PS4 depuis peu – permettent enfin de rejouer aux titres de l’âge d’or de LucasArts (X-Wing, Jedi Knight, Rogue Squadron, etc). Pour la part, je léguerai bien volontiers à un fan curieux les cartons de romans UE qui traînent dans mon grenier. Je ne conserverai que les romans qui me tiennent encore à cœur : la Croisade noire du Jedi fou, les X-Wing. Ainsi que la série de comics des Chevaliers de l’Ancienne République. Il est temps d’ouvrir un nouveau chapitre de notre univers favori, sans renier les réussites de l’ancien.
Ce qui compte, au fond, c’est que la galaxie lointaine séduise encore plus de terriens férus d’imaginaire, de batailles spatiales homériques, de chevaliers Jedi mystiques, de duels intenses et de débats politiques sur la taxation des routes commerciales.


Darkee, qui s’apprête à lire Étoiles perdues suite aux conseils du staff SWU.

* en fait il parait qu’il n’y a pas d’échelles, ce qui m’étonne sincèrement, mais laissez-moi avec mes souvenirs d’adolescence, merci.

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